La question est tombée un dimanche matin.
– Comment arrives-tu à supporter ce qui t’entoure ? à tenir le coup ? à rester ? c’est la foi ? le devoir (professionnel, de mémoire) ?
Je n’avais pas un temps fou pour répondre. J’ai répondu sur ce qui me paraissait essentiel.
– Je ne le supporte pas. Ça n’est pas supportable. Je navigue au milieu en essayant de ne pas couler.
J’ai 39 années de vie avec ce pays dont 26 sur place. Les 2/3 de ma vie d’adulte, les années après 18 ans. D’un certain côté, je n’ai pas d’autres pays non plus.
J’ai finalement pris parti pour la défense des Palestiniens alors que je suis tombée amoureuse du judaïsme et d’Israël à l’âge de 15 ans. J’ai toujours la passion des deux, dans tous les sens du terme passion.
Je pense que la paix se construit avec un ennemi.
Je me préserve de nombreuses images. Je refuse de lire certains discours – des deux camps. J’emmerde ceux qui utilisent le mensonge pour défendre leur cause. Je me distancie par tous les moyens possibles des haineux des 2 camps. J’essaie de regarder et cultiver ce qui me charme dans les deux sociétés.
Je ne suis pas optimiste. Je ne vois pas de solution de paix avant plusieurs décennies.
Je pense que c’est d’autant plus important de rester humain quand certains (beaucoup… trop…) se deshumanisent.
Je pense à la négociation d’Abraham avec Dieu au sujet de Sodome. Je travaille à devenir à titre personnel un des justes que Dieu demande pour sauver la ville.
J’aime le Seigneur. Il y a ici un tombeau vide qui nous dit que la mort, toutes ses formes, n’a pas le dernier mot.
J’ai confiance en lui, ca nourrit mon espérance et me donne ce qu’il faut de force.
J’aurais pu ajouter : j’ai un chat.
