Pourquoi est-ce si difficile d’être loin de toi ?

Il ne te suffit pas de nous ronger, nous, tous tes habitants, quelles que soient nos origines, notre nationalité, notre religion, il faut encore que, lorsqu’on prend congé, même temporairement, pour reprendre souffle, pour un peu de repos, pour tenter peut-être de t’oublier un peu, il faut encore que tu nous manques, que tu nous fasses éprouver que loin de toi il y a une part essentielle, existentielle de nous qui n’est plus assouvie…

Depuis que tu m’as saisie, je ne sais pas te quitter. Je n’aime pas avoir à le faire.

Aucun des plaisirs, que je peux satisfaire ailleurs, ne me fait oublier que je préfère être démunie pour toi que riche loin de toi.

Et pourtant, puisqu’il me faut te quitter parfois, au moins pourrais-tu me lâcher un peu. Mais non, c’est moi qui te réclame quand autour de moi tout le monde t’ignore, toi et ta souffrance, toi et tes déchirures, toi et l’impasse dans laquelle nous t’avons acculée.

Je n’aime pas ce luxe qui me permet de m’absenter quand ils sont trop nombreux à être broyés par tes guerres. Avec l’amour de toi est né le souci d’eux. Je ne vis rien de ce qu’ils endurent mais je le porte avec le désir de le soulager. Je rêve que nous soyons des milliers.

Sans jugement, sans prétention, être là, comme un sacrement de la présence.

Paris 14 août 2025